Trouble des règles chez l'adolescente

Docteur SELLAK Fouad Gynécologue obstétricien Tanger

Les règles chez l’adolescente : ce qui est normal et quand consulter ?

L’apparition des premières règles, appelée ménarche, marque une étape importante de la puberté. Durant les premières années, le cycle menstruel peut être irrégulier et certaines anomalies sont parfaitement physiologiques (normales) . Cependant, des règles très espacées, absentes, particulièrement abondantes ou très douloureuses peuvent parfois révéler un problème qui mérite une consultation.

Des cycles irréguliers sont-ils normaux après les premières règles ?

Oui. Au cours des premières années suivant la ménarche, les cycles sont souvent irréguliers car le fonctionnement hormonal de l’adolescente est encore en maturation. Les premiers cycles peuvent notamment être anovulatoires ( pas d'ovulation )

Cependant, certaines situations doivent attirer l’attention :

  • plus de 90 jours entre deux règles au cours de la première année après la ménarche ;

  • des cycles de moins de 21 jours ou de plus de 45 jours entre 1 et 3 ans après la ménarche ;

  • après 3 ans, des cycles de moins de 21 jours, de plus de 35 jours ou moins de 8 cycles par an.

Des règles irrégulières peuvent être liées simplement à la maturation hormonale, mais elles peuvent également être associées à un syndrome des ovaires polykystiques (SOPK), à une variation importante du poids, à une activité sportive intensive, à des troubles alimentaires ou, plus rarement, à une maladie endocrinienne.

Le syndrome des ovaires polykystiques chez l'adolescente

Le SOPK est une cause fréquente de troubles des règles et d'hyperandrogénie. Toutefois, son diagnostic chez l'adolescente doit être particulièrement prudent : certains signes considérés comme anormaux chez l'adulte peuvent être physiologiques pendant la puberté.

Chez l'adolescente, on recherche principalement l'association de :

  • troubles persistants du cycle menstruel

  • signes d'hyperandrogénie, notamment un hirsutisme ( poils excessifs ) ou une acné sévère

  • éventuellement une hyperandrogénie biologique ( taux de testostérone élevé)

Une simple échographie montrant des ovaires multifolliculaires ne suffit pas à poser le diagnostic de SOPK chez l'adolescente ! ! Une surveillance peut être nécessaire lorsque tous les critères ne sont pas encore réunis.

La prise en charge repose notamment sur une alimentation équilibrée, une activité physique régulière et, lorsque cela est nécessaire, une prise en charge médicale adaptée des troubles hormonaux, de l'acné ou de l'hirsutisme.

Quand les règles sont absentes : l'aménorrhée

L'aménorrhée correspond à l'absence de règles

Une aménorrhée primaire doit notamment être explorée lorsqu'une adolescente n'a toujours pas eu ses premières règles à un âge inhabituel ou lorsque le développement pubertaire est retardé.

Une aménorrhée secondaire correspond à l'arrêt des règles chez une adolescente qui était auparavant réglée.

Les causes sont nombreuses : variation importante du poids, troubles alimentaires, activité physique intense, troubles hormonaux, hyperprolactinémie, syndrome des ovaires polykystiques ou insuffisance ovarienne, entre autres.

Le bilan repose selon le contexte sur un interrogatoire précis, un examen clinique, une échographie pelvienne et certains dosages hormonaux.

Une absence prolongée de règles ne doit donc pas être banalisée, notamment parce que certaines causes peuvent avoir des conséquences sur la santé osseuse, hormonale ou la fertilité future.

Des règles très abondantes : quand faut-il s'inquiéter ?

Chez certaines adolescentes, les règles peuvent être particulièrement abondantes ou prolongées.

On parle notamment de ménorragies lorsque les règles sont anormalement longues ou abondantes. Ces saignements peuvent entraîner une carence en fer ou une anémie, avec fatigue, pâleur, essoufflement ou baisse des performances scolaires.

Dans la majorité des cas, les saignements abondants de l'adolescente sont liés à l'immaturité hormonale. Mais dans les formes importantes, il est essentiel de rechercher notamment un trouble de la coagulation, qui peut être retrouvé chez une proportion non négligeable d'adolescentes présentant des ménorragies sévères

Une consultation est particulièrement importante lorsque les règles sont très abondantes, durent plus de 7 jours, provoquent une fatigue importante ou s'accompagnent de saignements inhabituels.

Les douleurs de règles : normales, mais pas toujours à banaliser

Les douleurs menstruelles, ou dysménorrhées, sont extrêmement fréquentes chez les adolescentes. Elles apparaissent généralement au moment des règles et peuvent durer quelques jours.

La dysménorrhée primaire est généralement liée à une production excessive de prostaglandines, responsables notamment des contractions utérines et de la douleur. Elle peut néanmoins être suffisamment importante pour perturber la vie quotidienne et être une cause majeure d'absentéisme scolaire.

Une douleur de règles n'est donc pas quelque chose que l'adolescente doit forcément supporter en silence.

Lorsque les douleurs sont importantes, persistent malgré un traitement correctement conduit ou s'accompagnent d'autres symptômes, il faut rechercher une cause secondaire.

Et si c'était une endométriose ?

L'endométriose peut également débuter à l'adolescence.

Elle doit notamment être évoquée devant :

  • des règles extrêmement douloureuses

  • des douleurs qui deviennent progressivement plus importantes

  • une absence ou un retentissement scolaire important

  • des douleurs pelviennes chroniques

  • des symptômes digestifs ou urinaires associés

  • des douleurs pendant les rapports chez les adolescentes concernées

Le diagnostic peut être difficile chez l'adolescente et l'examen clinique ou l'échographie peuvent être normaux. Une douleur menstruelle sévère et persistante ne doit donc pas être minimisée

Une prise en charge adaptée permet de soulager les symptômes et d'éviter que la douleur ne s'installe durablement. Lorsque les traitements de première intention sont insuffisants, une orientation vers une équipe spécialisée dans l'endométriose peut être nécessaire

La première consultation gynécologique chez l'adolescente

Une consultation gynécologique ne signifie pas nécessairement qu'un examen gynécologique sera réalisé.

La consultation commence avant tout par un échange permettant de comprendre :

  • l'âge des premières règles

  • la régularité et la durée des cycles

  • l'abondance des saignements

  • l'intensité des douleurs

  • les variations de poids

  • l'alimentation et l'activité physique

  • l'acné ou une pilosité excessive

  • les éventuels traitements

  • et, lorsque cela est pertinent, la santé sexuelle et la contraception

Dans de nombreuses situations, l'examen gynécologique n'est pas indispensable lors d'une première consultation. Il est adapté à l'âge, aux symptômes et à la situation de chaque adolescente.

Quand consulter un gynécologue ?

Il est recommandé de demander un avis médical lorsque l'adolescente présente :

• des règles très espacées ou qui disparaissent
• des règles très abondantes ou prolongées
• des douleurs menstruelles importantes ou invalidantes
• une acné sévère associée à des règles irrégulières
• une pilosité excessive ou rapidement apparue ( poils excessifs)
• une fatigue importante pouvant évoquer une anémie
• des douleurs pelviennes persistantes
• des symptômes digestifs ou urinaires associés aux règles
• ou toute inquiétude concernant le développement pubertaire