Traitements non hormonaux de la Ménopause

DR SELLAK Fouad gynécologue obstétricien Tanger

Si les traitements hormonaux sont très efficaces pour soulager les bouffées de chaleur et conviennent à la majorité des femmes, environ 10 % présentent une contre-indication au traitement hormonal. D'autres préfèrent tout simplement éviter les hormones.

Les traitements non hormonaux se répartissent en deux grandes catégories :

  • les médicaments sur prescription

  • les approches non médicamenteuses, comprenant les mesures hygiéno-diététiques et les modifications du mode de vie

Ce chapitre est consacré aux traitements médicamenteux non hormonaux. Les approches liées au mode de vie seront abordées dans le chapitre suivant.

Les recommandations des sociétés savantes

En 2023, la North American Menopause Society (NAMS) a analysé l'ensemble des données scientifiques disponibles concernant les traitements non hormonaux des bouffées de chaleur.

Cette revue a évalué :

  • les traitements médicamenteux

  • les modifications du mode de vie

  • les techniques corps-esprit

  • les compléments alimentaires

  • ainsi que d'autres approches thérapeutiques

Chaque traitement a ensuite été classé selon son niveau de preuve scientifique.

Le niveau I correspond au plus haut niveau de preuve, indiquant que plusieurs études de qualité démontrent clairement l'efficacité (ou l'inefficacité) d'un traitement.

Tout au long de ce chapitre, les différents traitements seront présentés selon ce niveau de preuve.

Les traitements médicamenteux non hormonaux

La North American Menopause Society recommande principalement quatre catégories de traitements médicamenteux non hormonaux pour les bouffées de chaleur :

  • les antagonistes de la neurokinine B (NK)

  • la gabapentine

  • certains antidépresseurs

  • l'oxybutynine

Les trois premières catégories bénéficient d'un niveau de preuve I, ce qui signifie que leur efficacité est solidement démontrée.

Les antagonistes de la neurokinine B (NK)

Les antagonistes de la neurokinine B (NK) représentent une nouvelle classe thérapeutique spécifiquement développée pour traiter les bouffées de chaleur.

Ils agissent directement sur les circuits cérébraux impliqués dans la régulation de la température corporelle, notamment au niveau des neurones KNDy (Kisspeptine – Neurokinine B – Dynorphine) situés dans l'hypothalamus.

Même si leur mécanisme d'action est complexe, les études montrent une efficacité importante.

Un vaste essai clinique randomisé réalisé chez des femmes présentant des bouffées de chaleur modérées à sévères a montré une réduction d'environ 60 % des symptômes après 12 semaines de traitement.

À doses plus élevées, une amélioration de la qualité du sommeil a également été observée.

Le fézolinétant (Fezolinetant)

Le fézolinétant (Fezolinetant) est actuellement le principal antagoniste de la neurokinine B.

Il est autorisé dans plusieurs pays, notamment :

  • aux États-Unis

  • au Royaume-Uni

  • dans l'Union européenne

Précautions d'emploi

Le fézolinétant est contre-indiqué chez les personnes présentant :

  • une maladie hépatique

  • une insuffisance rénale sévère

Un bilan biologique hépatique est recommandé avant le début du traitement puis régulièrement pendant son utilisation afin de surveiller la fonction du foie.

La gabapentine

La gabapentine appartient à la famille des gabapentinoïdes.

Initialement développée comme traitement de l'épilepsie, elle est aujourd'hui largement utilisée hors autorisation de mise sur le marché (hors AMM) pour le traitement des bouffées de chaleur.

De nombreuses études montrent qu'elle permet de réduire :

  • la fréquence des bouffées de chaleur

  • leur intensité

Certaines études ont même montré que des doses élevées de gabapentine obtenaient une efficacité comparable à celle des œstrogènes pour diminuer la sévérité des symptômes.

Effets secondaires

En début de traitement, certaines patientes peuvent présenter :

  • une somnolence

  • des vertiges

Ces effets diminuent généralement après quelques semaines.

Comme plusieurs médicaments agissant sur le système nerveux, la gabapentine comporte également une mise en garde concernant un risque rare de pensées suicidaires ou de modifications importantes du comportement. Toute apparition de tels symptômes nécessite une consultation médicale rapide.

Les antidépresseurs

Certains antidépresseurs peuvent également réduire les bouffées de chaleur.

Les plus utilisés appartiennent à deux familles :

  • les ISRS (Inhibiteurs Sélectifs de la Recapture de la Sérotonine)

  • les IRSNa (Inhibiteurs de la Recapture de la Sérotonine et de la Noradrénaline)

Plusieurs essais cliniques ont confirmé leur efficacité.

Une étude menée chez 339 femmes en périménopause ou ménopause a montré que la venlafaxine (un IRSNa) réduisait les bouffées de chaleur de 48 % après huit semaines, avec une efficacité proche de celle d'un traitement par œstrogènes à faible dose.

Parmi les ISRS, seule la paroxétine possède une autorisation officielle pour le traitement des bouffées de chaleur.

D'autres molécules, comme l'escitalopram ou la venlafaxine, sont fréquemment prescrites hors AMM avec de bons résultats.

Certaines études suggèrent cependant que les antidépresseurs pourraient être un peu moins efficaces chez les femmes noires, pour lesquelles d'autres traitements peuvent parfois être préférables.

L'oxybutynine

L'oxybutynine est un médicament principalement utilisé dans le traitement :

  • de la vessie hyperactive

  • des envies impérieuses d'uriner

  • de certaines formes d'incontinence urinaire

Elle peut également améliorer les bouffées de chaleur modérées à sévères.

Les preuves scientifiques sont toutefois moins solides que pour les traitements précédents.

La North American Menopause Society lui attribue un niveau de preuve I-II.

Elle constitue donc une alternative lorsque les autres traitements sont contre-indiqués ou insuffisamment efficaces.

Autres traitements médicaux

Bloc du ganglion stellaire

Le bloc du ganglion stellaire consiste à injecter un anesthésique local au niveau d'un ganglion nerveux situé dans le cou.

Cette technique est principalement utilisée pour traiter :

  • certaines douleurs chroniques

  • les migraines

Quelques études montrent également une diminution de la fréquence et de l'intensité des bouffées de chaleur.

Cependant, les preuves scientifiques restent limitées (niveau II-III) et cette technique est plus invasive, avec des risques qui doivent être discutés avec un médecin spécialisé.

Les traitements non recommandés

Certaines prescriptions ont été étudiées mais ne sont actuellement pas recommandées pour le traitement des bouffées de chaleur, car leurs bénéfices sont insuffisants par rapport aux risques.

Il s'agit notamment de :

  • la prégabaline

  • la clonidine

  • le suvorexant

En résumé

Les traitements médicamenteux non hormonaux actuellement recommandés pour les bouffées de chaleur sont :

  • les antagonistes de la neurokinine B (Fezolinetant)

  • la gabapentine

  • certains antidépresseurs (ISRS et IRSNa)

  • l'oxybutynine

Le choix du traitement dépend :

  • de vos symptômes

  • de vos antécédents médicaux

  • de vos traitements habituels

  • de vos préférences personnelles

Comme tout médicament, ces traitements peuvent provoquer des effets secondaires. Leur prescription doit être discutée avec un professionnel de santé afin de choisir l'option la plus adaptée à votre situation.

Conseils pratiques

Les prochaines étapes

  • Prenez rendez-vous avec votre médecin afin de discuter des différentes options non hormonales disponibles

  • Préparez vos antécédents médicaux personnels et familiaux

  • Apportez votre journal des symptômes afin d'évaluer précisément la fréquence et l'impact des bouffées de chaleur sur votre qualité de vie

Questions à poser à votre médecin

  • Si je ne peux pas ou ne souhaite pas prendre d'hormones, quel traitement non hormonal me recommandez-vous ?

  • Dois-je réaliser un bilan sanguin avant de commencer ce traitement ? Un suivi biologique sera-t-il nécessaire ?

  • Dans quel délai puis-je espérer une amélioration de mes symptômes ?

  • Que pourra-t-on envisager si mes bouffées de chaleur persistent malgré le traitement ?

Pour aller plus loin

Approfondissez vos connaissances sur :

  • les bouffées de chaleur

  • le traitement hormonal de la ménopause

  • les adaptations du mode de vie permettant de réduire les symptômes de la ménopause