Traitement hormonal des bouffées de chaleur

DR SELLAK Fouad gynécologue obstétricien Tanger

Traitement hormonal des bouffées de chaleur

Si les bouffées de chaleur peuvent avoir un impact important sur la qualité de vie pendant la transition ménopausique, l'hormonothérapie permet souvent un soulagement très efficace. Cependant, il s'agit d'un traitement complexe qui n'est ni adapté ni indiqué pour toutes les femmes. Les alternatives non hormonales seront abordées dans le chapitre suivant, tandis que cette leçon présente les principes essentiels de l'hormonothérapie. Pour une compréhension plus approfondie, consultez notre cours dédié au traitement hormonal de la ménopause.

Les principes de l'hormonothérapie

Lorsqu'on parle d'hormonothérapie de la ménopause, il est important de comprendre que l'œstrogène est l'hormone responsable du soulagement des symptômes ménopausiques.

Vous entendrez souvent parler d'un traitement associant œstrogènes et progestatifs. Toutefois, c'est l'œstrogène qui agit sur les symptômes de la ménopause, tandis que le progestatif est principalement utilisé pour protéger la muqueuse de l'utérus (endomètre).

Il existe deux grandes formes d'hormonothérapie :

  • le traitement hormonal systémique ;

  • le traitement hormonal local (vaginal).

Le traitement systémique diffuse les œstrogènes dans tout l'organisme en augmentant leur concentration dans le sang, tandis que le traitement local agit uniquement au niveau vaginal sans modifier significativement le taux d'œstrogènes circulant. Le traitement des bouffées de chaleur nécessite un traitement hormonal systémique.

Efficacité du traitement hormonal

Les experts considèrent aujourd'hui les œstrogènes comme le traitement de référence (« gold standard ») des bouffées de chaleur.

Selon les études, 90 à 100 % des bouffées de chaleur sont améliorées ou disparaissent sous traitement œstrogénique.

Cette amélioration entraîne souvent une meilleure qualité de vie grâce à une diminution :

  • des troubles du sommeil

  • des troubles de l'humeur

  • du brouillard cérébral

  • de la fatigue

Le traitement hormonal permet ainsi de soulager plusieurs symptômes avec un seul traitement

Certaines études suggèrent qu'un traitement par progestatif seul pourrait améliorer les bouffées de chaleur, mais les données concernant sa sécurité à long terme restent insuffisantes.

Chez les femmes en début de périménopause, une pilule contraceptive faiblement dosée en œstrogènes et progestatif peut également permettre :

  • une contraception efficace

  • une régularisation des cycles

  • une amélioration des bouffées de chaleur

Chez quelles femmes le traitement hormonal n'est-il pas indiqué ?

Le traitement hormonal est généralement considéré comme très sûr chez les femmes âgées de moins de 60 ans ou dans les dix années suivant la ménopause, sous réserve de l'absence de contre-indications.

Au-delà de 60 ans ou plus de dix ans après la ménopause, certains risques peuvent augmenter. La décision doit donc être individualisée après discussion avec le médecin.

Environ 10 % des femmes présentent une contre-indication au traitement hormonal systémique.

Le traitement hormonal est généralement contre-indiqué en cas d'antécédents de :

  • infarctus du myocarde

  • accident vasculaire cérébral (AVC)

  • thrombose veineuse ou embolie pulmonaire

  • cancer du sein

  • cancer de l'endomètre

  • maladie hépatique sévère

Certaines femmes choisissent également de ne pas recevoir d'hormones pour des raisons personnelles.

Pourquoi l'âge est-il important ?

Les femmes âgées de moins de 60 ans ou dans les dix années suivant leurs dernières règles présentent généralement un meilleur rapport bénéfice/risque.

Après cette période, le risque d'événements cardiovasculaires ou thromboemboliques augmente progressivement.

Cependant, cette règle n'est pas absolue.

Par exemple, une femme de 65 ans en bonne santé souffrant de bouffées de chaleur sévères peut continuer son traitement hormonal si les bénéfices sont jugés supérieurs aux risques. Cette décision doit toujours être prise avec un professionnel de santé.

Choix de la dose

Déterminer la dose optimale d'œstrogènes demande parfois quelques ajustements.

Une dose trop faible ne soulagera pas suffisamment les symptômes.

À l'inverse, une dose trop élevée peut entraîner :

  • une tension mammaire

  • des ballonnements

  • une rétention d'eau

  • une augmentation inutile des risques à long terme

L'objectif est donc d'utiliser la dose efficace la plus faible

Chez les femmes présentant une insuffisance ovarienne prématurée ou une ménopause précoce, des doses plus élevées sont souvent nécessaires afin de restaurer des concentrations hormonales adaptées à leur âge.

Les différentes voies d'administration

Le traitement hormonal systémique peut être administré sous plusieurs formes :

  • comprimés par voie orale

  • patchs transdermiques

  • gels

  • crèmes

  • sprays cutanés

  • anneaux ou préparations vaginales à doses systémiques

Le choix dépend :

  • des préférences de la patiente

  • de son état de santé

  • des éventuelles contre-indications

  • de la disponibilité des traitements

Œstrogènes transdermiques ou oraux ?

Certaines études suggèrent que les œstrogènes administrés par voie transdermique présentent plusieurs avantages.

Ils semblent être associés à un risque plus faible de :

  • thrombose veineuse

  • inflammation

  • augmentation de la pression artérielle

Ils sont donc souvent privilégiés chez les femmes présentant :

  • une hypertension artérielle

  • une obésité

  • un risque cardiovasculaire accru

Les œstrogènes oraux conservent néanmoins certains avantages, notamment une amélioration du profil lipidique.

Le choix entre la voie orale et la voie transdermique doit être individualisé après discussion avec le médecin.

Protection de l'endomètre

Chez les femmes ayant encore leur utérus, les œstrogènes stimulent la croissance de l'endomètre.

Sans protection, cette stimulation peut augmenter le risque :

  • d'hyperplasie endométriale ;

  • de cancer de l'endomètre.

Une protection de l'endomètre est donc indispensable. Elle n'est pas nécessaire chez les femmes ayant subi une hystérectomie.

Deux options principales existent :

Les progestatifs

Les progestatifs s'opposent aux effets des œstrogènes sur l'endomètre et empêchent son épaississement.

Le complexe estrogène–SERM

Le TSEC associe des œstrogènes conjugués à un modulateur sélectif des récepteurs aux œstrogènes (bazedoxifène).

Cette association protège également l'endomètre tout en évitant l'utilisation d'un progestatif.

Chaque stratégie présente des avantages et des limites qui doivent être discutés avec le médecin.

Sécurité du traitement hormonal

Risque de cancer du sein

Un antécédent de cancer du sein constitue une contre-indication au traitement hormonal systémique

Cependant, cela ne signifie pas que le traitement hormonal provoque un cancer du sein chez les femmes sans antécédent.

Les données de la célèbre étude Women's Health Initiative ont montré que les femmes traitées par œstrogènes seuls présentaient même une diminution de l'incidence et de la mortalité par cancer du sein après vingt ans de suivi.

En revanche, l'association œstrogènes–progestatif entraîne une légère augmentation du risque, principalement lors des traitements prolongés. Ce risque semble très faible, voire absent, durant les cinq premières années de traitement.

Risque cardiovasculaire

Certaines études anciennes avaient suggéré une augmentation des événements cardiovasculaires sous traitement hormonal.

Des analyses plus récentes ont montré que cette augmentation concernait essentiellement les femmes :

  • ayant débuté leur traitement après 60 ans ;

  • ou plus de dix ans après la ménopause.

Chez les femmes plus jeunes, correctement sélectionnées, le traitement hormonal présente généralement un profil de sécurité très favorable.

Les préparations hormonales magistrales

Certaines pharmacies réalisent des préparations hormonales personnalisées, souvent présentées comme « bio-identiques », « naturelles » ou « plus sûres ».

Contrairement aux médicaments bénéficiant d'une autorisation officielle, ces préparations ne sont pas soumises aux mêmes contrôles de qualité.

Une erreur de dosage peut entraîner :

  • des saignements utérins ;

  • des thromboses ;

  • une augmentation du risque de cancer.

Les sociétés savantes recommandent donc de ne recourir aux préparations magistrales qu'en cas d'indication médicale exceptionnelle, par exemple en présence d'une allergie à un excipient d'un médicament commercialisé.

Les effets secondaires possibles

Bien que très efficace, le traitement hormonal peut parfois entraîner :

  • ballonnements

  • tension mammaire

  • maux de tète

  • nausées

  • modifications de l'humeur

  • petits saignements

Dans de nombreux cas, ces effets peuvent être améliorés en modifiant :

  • la dose

  • la voie d'administration

  • le moment de la prise

  • ou le type de traitement

L'objectif est toujours d'obtenir un soulagement des symptômes avec la meilleure tolérance possible.

Conseils pratiques

Les prochaines étapes

  • Prenez rendez-vous avec votre médecin afin de discuter des différentes options thérapeutiques.

  • Préparez vos antécédents médicaux personnels et familiaux.

  • Apportez votre journal des symptômes afin d'évaluer l'impact des bouffées de chaleur sur votre qualité de vie.

Questions à poser à votre médecin

  • Compte tenu de mes antécédents, suis-je une bonne candidate au traitement hormonal ?

  • Quels sont les avantages et les inconvénients des œstrogènes oraux et transdermiques dans mon cas ?

  • Dans quel délai puis-je espérer une amélioration de mes symptômes ?

  • Quel traitement utiliserez-vous pour protéger mon endomètre ?

  • Quelles alternatives existent si je ne souhaite pas poursuivre un traitement hormonal ?